Non je n’aime pas les journées de quelque chose.
- la journée de la femme
- la journée de la bienveillance
- la fête des mères
- la fête des grands-mères
- la Saint-Valentin, journée des amoureux
- etc…
Je n’aime pas ça, parce que c’est contre-productif.
Il existe près de 500 journées mondiales, internationales ou nationales répertoriées par an, créées pour sensibiliser le public sur des thèmes variés (causes sociales, santé, environnement). L’ONU en reconnaît officiellement plus de 200, mais le calendrier s’enrichit constamment, incluant des journées très sérieuses comme des thèmes plus insolites.
L’ONU recense toutes ces journées dans un document impressionnant
Je déteste le principe qui consiste à délimiter une vertu dans le calendrier parce que cela revient à la rendre facultative le reste de l’année.
Prenons la journée de la femme… ou la Saint Valentin, fête commerciale « obligatoire » pour montrer qu’on est attentif à sa femme. Ces jours-là on doit faire particulièrement attention aux droits des femmes, on doit leur faire plaisir, leur offrir un cadeau, les emmener au restaurant, prévoir une surprise…
Et les 364 autres jours de l’année ? On peut ne pas faire attention à elle puisqu’on a fait la B.A. le « bon « jour. Attention ! Ne pas oublier quand même son anniversaire c’est mieux. Pour certains chanceux de maris ça tombe le même jour. C’est toujours ça de pris.
Sauf que non il faut aussi penser à être gentil avec sa femme le 13 novembre ! C’est la journée de la gentillesse !
Alors celle-ci elle est encore pire. Le 13 novembre il FAUT être gentil avec tout lemonde : Les voisins, les collègues de bureau, les enfants, les automobilistes, les impolis et les grincheux.
Puis après pendant 364 jours on peut être odieux avec tout le monde ?
Pourquoi a-t-on besoin d’une notification sur notre téléphone pour se souvenir d’être civilisé ? Cela suggère une faillite totale de l’éducation et de l’empathie naturelle.
Avez-vous déjà réfléchi au contraste entre le "sourire de façade" le 13 novembre et l’agressivité ordinaire dans le métro ou au travail le le 12 ou le 14 novembre.
Ces journées transforment souvent des valeurs humaines fondamentales en produits marketing ou en slogans vides.
Mais la vraie gentillesse ne peut pas être un exercice imposé. Conséquemment pour lutter contre ça, j’ai décidé que je serai gentil tous les jours de l’année sauf … le 13 novembre. Ce jour-là ne m’approchez pas car je serai odieux avec tout le monde.
Le 13 novembre, ne comptez pas sur moi pour vous tenir la porte ou vous sourire. Puisque le calendrier mondial a décidé de parquer la bienveillance dans un enclos de 24 heures, j’ai décidé de libérer mon cynisme précisément ce jour-là.

Et des journées stupides comme ça il y en a pléthore :
- Journée mondiale du compliment (1er mars) : l’admiration sincère que l’on éprouve pour quelqu’un ne peut pas être une tâche planifiée dans un agenda électronique.
- Journée mondiale du sourire (1er vendredi d’octobre) : forcer un sourire un jour précis est le comble de l’hypocrisie sociale. Je souris si j’ai envie de sourire, donc ce jour-là je vous promets de faire la gueule toute la journée.
- Journée mondiale du merci (11 janvier) : comme si la gratitude était une option que l’on active une fois par an.
- Journée mondiale de l’écoute (18 juillet) : si on a besoin d’une journée pour écouter, c’est que les 364 autres jours, on ne fait que s’écouter parler.
- Journée mondiale du pardon (18 septembre) : la prochaine fois que quelqu’un me blesse, physiquement ou moralement et vient présenter ses excuses, je lui réponds "Désolé, je ne peux pas vous pardonner aujourd’hui, revenez le 18 septembre »
On se donne bonne conscience pendant 24 heures pour oublier d’être humain le reste du temps. Cela me fait penser à ces dames patronesses dont les maris exploitaient des mineurs au 19eme siècle dans des conditions épouvantables. Elle venaient prier pour eux le dimanche et faisaient un don conséquent à l’église pour se faire pardonner les péchés de leurs maris !
Bienvenue dans la résistance contre la vertu sur commande.
Nous vivons une drôle d’époque où l’on a besoin d’une notification sur smartphone pour se souvenir d’être humain. Entre la journée du thon et celle du compliment, mon agenda ressemble à une ordonnance psychiatrique.
Si la gentillesse est devenue une fête foraine annuelle, alors considérez-moi comme le forain qui ferme boutique ce jour-là.
C’est l’hypocrisie la mieux organisée du siècle : les journées mondiales. On nous vend 365 jours de ’causes’ pour nous éviter 365 jours de responsabilités. J’ai choisi de m’insurger contre ce prêt-à-penser moral qui nous autorise à être odieux tout le reste de l’année pourvu qu’on soit poli le jour J.